Le fonds de transport dédié est épargné

Le nouveau budget de l’UE préserve le fonds de transport CEF, mais met de plus en plus l’accent sur la mobilité militaire

The EU's executive has decided to save CEF
The EU's executive has decided to save CEF Transport.

Le Connecting Europe Facility (CEF) – le principal outil de l’UE pour financer le transport ferroviaire transfrontalier – a été sauvé, selon un projet de législation divulgué qui décrit la prochaine stratégie budgétaire à long terme de l’Union européenne. Et ce, malgré la volonté de la Commission européenne de dissoudre le fonds dans un pot industriel plus large. Comment le CEF a-t-il pu survivre au couperet de Bruxelles ? L’une des principales raisons est sa valeur pour la mobilité militaire.

La Commission européenne prévoit une révision radicale de la manière dont l’UE alloue son budget à long terme afin de renforcer la compétitivité industrielle. Alors que de nombreux fonds sectoriels pourraient bientôt être regroupés dans un nouveau mécanisme d’investissement global, il y a de bonnes nouvelles pour le rail : la Connecting Europe Facility (CEF ) – le fonds dédié aux infrastructures de transport de l’Union européenne – semble avoir survécu.

Selon le projet de législation qui a fait l’objet d’une fuite, la Commission souhaite fusionner jusqu’à 14 programmes existants en un seul véhicule de financement stratégique appelé le Fonds européen pour la compétitivité (FEC). Ce nouvel instrument deviendra la pièce maîtresse du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE couvrant la période 2028-2034. Il s’agit d’un plan de dépenses d’un trillion d’euros qui concerne tous les domaines, de la recherche à la défense en passant par les infrastructures numériques.

Selon les propositions antérieures, le CEF risquait fort d’être supprimé et absorbé par ce nouveau fonds général. Cela aurait constitué un revers majeur pour le secteur ferroviaire européen, obligeant les projets de transport à entrer en concurrence directe avec les start-ups, les technologies propres et les initiatives de défense dans le cadre d’un système davantage axé sur le niveau national. Mais le projet qui a fait l’objet d’une fuite confirme que le CEF Transport – contrairement au CEF Digital – restera un flux de financement autonome, préservant ainsi la logique transfrontalière à long terme qui a sous-tendu les mégaprojets ferroviaires européens tels que Rail Baltica, le tunnel de base Lyon-Turin et la mise en place de la signalisation numérique ERTMS.

Ce sursis est toutefois assorti de conditions. Selon le projet de règlement, l’avenir des dépenses européennes en matière de transport sera de plus en plus axé sur la mobilité militaire, le rail étant appelé à jouer un rôle essentiel dans l’établissement de liens entre les besoins civils et militaires au-delà des frontières.

Le CEF survit à la hache de l’UE

Au début de l’année, des discussions internes au sein de la Commission ont laissé entrevoir une sérieuse possibilité que le CEF – y compris son principal pilier de transport – soit dissous et réorganisé au sein de l’ECF dans le cadre d’une plus vaste campagne de simplification. L’idée était de rationaliser l’accès au financement grâce à un « règlement unique » et de maximiser l’impact des investissements grâce à une mise en commun stratégique des ressources européennes et nationales, comme cela a été le cas pour de nombreux autres mécanismes de financement sectoriels de l’UE.

Mais cela aurait sacrifié l’un des outils les plus efficaces dont dispose l’Europe pour construire un réseau ferroviaire transfrontalier connecté. Sans un financement dédié et géré de manière centralisée, les projets ferroviaires multinationaux pourraient être victimes de priorités nationales divergentes et d’une planification fragmentée. Après tout, le CEF a consacré 5,7 milliards d’euros au rail pour la seule année 2023, soit 80 % de son enveloppe totale pour les transports cette année-là, et une grande partie du financement a été affectée à des projets multinationaux.

Une campagne coordonnée des États membres, des fabricants de matériel ferroviaire et des législateurs européens a suivi. Onze dirigeants nationaux européens ont même exhorté la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à conserver un « CEF solide et géré de manière centralisée » dans une lettre commune, ce qui montre à quel point les avertissements ont été pris au sérieux. L’UNIFE, qui représente l’industrie ferroviaire européenne, a décrit la suppression potentielle du fonds comme une menace existentielle pour le secteur ferroviaire.

Le texte qui a fait l’objet d’une fuite confirme aujourd’hui que Bruxelles a changé d’avis. « Il est essentiel d’établir un lien étroit entre le Fonds européen de compétitivité (FEC) et la Connecting Europe Facility (CEF) modernisée », peut-on lire dans le projet. Il souligne que les infrastructures transfrontalières dans les domaines de l’énergie, des transports et de la mobilité militaire sont essentielles à la compétitivité, à la sécurité et à l’autonomie stratégique de l’Europe. Les synergies entre les projets soutenus par le CEF et le nouveau ECF doivent être « assurées ».

Alors que le CEF Digital sera pleinement intégré dans le cadre de l’ECF, les volets Transport et Énergie resteront largement intacts. Cette distinction est importante : elle signifie une clarté juridique et opérationnelle continue pour les planificateurs d’infrastructures ferroviaires. Cependant, dans un contexte de changements géopolitiques majeurs, la nouvelle stratégie budgétaire marque également un changement important dans la manière dont Bruxelles justifie ses dépenses d’infrastructure, en particulier pour le rail.

Mobilité militaire : l’opportunité ferroviaire que personne ne peut ignorer

La mobilité militaire, qui était il n’y a pas si longtemps une question politique de niche, est désormais un pilier central de la stratégie budgétaire de l’UE. Le projet de législation mentionne à plusieurs reprises la nécessité de soutenir « les mouvements militaires et l’accès aux capacités de mobilité militaire », notamment par le biais d’infrastructures à double usage, de la mise en commun de moyens logistiques et de réseaux de transport plus solides pouvant servir à la fois à des fins civiles et militaires.

Ce changement de politique intervient alors que les dirigeants de l’UE sont confrontés à une pression croissante pour augmenter les dépenses de défense – en particulier en prévision d’une éventuelle deuxième présidence Trump aux États-Unis, qui pourrait bouleverser les engagements de l’OTAN et forcer l’Europe à assumer davantage de responsabilités militaires. De nombreux États de l’UE ayant déjà des budgets d’infrastructure serrés, l’alignement des investissements dans les transports sur les objectifs de défense offre un moyen politiquement réalisable de financer les deux.

La structure du FCE reflète cette convergence. Ses quatre « fenêtres politiques » donnent la priorité à la défense et à la sécurité, ainsi qu’à l’intelligence artificielle, au numérique, aux technologies propres et aux biotechnologies – un groupe de secteurs désormais considérés comme vitaux pour la compétitivité et la souveraineté de l’Europe. Le rail, en tant que mode de transport transfrontalier de grande capacité, est susceptible d’en bénéficier, mais de plus en plus dans une logique de préparation et de résilience, et pas seulement de climat et de connectivité.

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Auteur: Thomas Wintle

Source: RailTech.com

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