Alstom n'est plus là

La SNCB belge confirme le CAF pour un contrat de 3,4 milliards d’euros pour la construction de trains, malgré l’exclusion d’Alstom.

A CAF Civity train, a possible future base model of the SNCB AM30.
A CAF Civity train, a possible future base model of the SNCB AM30.

Au début de l’année, la Cour suprême de Belgique avait contraint la SNCB à revoir son choix de CAF plutôt que d’Alstom pour la production de sa nouvelle flotte de trains phares. Aujourd’hui, l’opérateur a redoublé d’efforts, poursuivant l’accord de 3,4 milliards d’euros avec le fabricant espagnol, mais la colère politique et syndicale concernant l’exclusion d’Alstom reste féroce.

La société nationale des chemins de fer belges SNCB/NMBS a reconfirmé la société espagnole Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF) comme son soumissionnaire préféré pour le renouvellement du matériel roulant, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros, après qu’une suspension juridique temporaire ait interrompu l’attribution initiale en février. Cette décision fait suite à une nouvelle évaluation par le conseil d’administration, conformément à la décision du Conseil d’État belge. Toutefois, elle ne suffira pas à calmer les critiques des syndicats, des élus locaux et surtout de son concurrent, Alstom, qui affirme que cette décision met en péril des centaines d’emplois en Belgique.

L’enjeu est le contrat AM30, un accord-cadre de 12 ans portant sur des centaines de rames électriques et à batterie destinées à remplacer les rames diesel et le matériel vieillissant sur le réseau national et transfrontalier de la SNCB. La commande initiale comprendra des véhicules d’une capacité totale de 54 000 places, avec des spécifications telles que des portes accessibles aux fauteuils roulants, des zones de calme, des informations en temps réel pour les passagers et une connectivité numérique. La valeur totale du contrat est estimée à 3,4 milliards d’euros, soit la plus importante commande de matériel roulant de l’histoire de la SNCB.

Ce marché constitue un élément central du contrat de service public conclu entre la SNCB et le gouvernement fédéral belge pour la période 2023-2032, qui prévoit le renouvellement de la moitié de la flotte nationale de trains d’ici la fin de la décennie. Alstom avait initialement proposé une offre inférieure à celle de CAF, mais l’opérateur public a tout de même décidé de choisir les Espagnols – un coup politique pour beaucoup dans une Belgique de plus en plus nationaliste, compte tenu de l’importance du fabricant français pour l’industrie du pays.

Du flou juridique au renouvellement de l’aval de la SNCB

En février 2025, la décision initiale de la SNCB de sélectionner CAF comme soumissionnaire privilégié a été suspendue par le Conseil d’État après que le fabricant français Alstom a formellement contesté le résultat. La Cour a agi sur la base de l’avis de son auditeur, qui mettait en doute l’évaluation du marché et soutenait la demande d’Alstom de suspendre provisoirement le marché. Au cœur du litige, le choix par la SNCB d’une offre plus chère : Alstom avait proposé un prix inférieur de 107 millions d’euros à celui de CAF et de 200 millions d’euros à celui de Siemens.

Le directeur général d’Alstom pour le Benelux, Bernard Belvaux, était furieux à l’annonce de la transaction. J-C Guillaume/Alstom

« Comment pouvons-nous promouvoir une offre plus chère sans différencier le score global et avec un impact défavorable sur notre site de production à Bruges et sur l’ensemble de l’industrie ferroviaire belge ? « , a écrit le PDG d’Alstom Benelux dans une lettre adressée au ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke et aux dirigeants régionaux à l’époque. Il affirmait que cette décision était « d’autant plus frappante dans le contexte budgétaire actuel des finances publiques » et appelait à une réponse politique, mettant en garde contre les conséquences directes et indirectes pour les emplois et les fournisseurs belges.

Le Conseil d’administration de la SNCB a toutefois réagi aujourd’hui en accordant à nouveau son soutien à CAF, invitant explicitement le fabricant à poursuivre le partenariat, en déclarant que la justification révisée était « basée sur un raisonnement qui tient compte de l’arrêt du Conseil d’État ».

« Le Conseil d’administration a noté que les offres soumises par les trois prestataires mentionnent toutes un recours aux fournisseurs locaux. Le Conseil d’administration s’en félicite et invite le soumissionnaire retenu à poursuivre cette option. »

Les syndicats et la Flandre en colère

Le soutien renouvelé à CAF a ravivé les protestations politiques et syndicales, en particulier en Flandre, où Alstom possède une grande usine de fabrication à Bruges, qui emploie des centaines de personnes. Les critiques soutiennent que la décision donne la priorité à une note technique légèrement supérieure plutôt qu’à l’impact économique local et accusent la SNCB de ne pas tenir compte de la valeur stratégique de la production nationale.

Dans une lettre antérieure, le directeur général d’Alstom Benelux, Bernard Belvaux, a qualifié le choix initial de « choquant », soulignant ce qui, selon lui, était un écart de prix de 107 millions d’euros en faveur d’Alstom. Bien que cette différence ne représente que 3 % de l’offre totale, Alstom a prévenu que l’impact sur l’industrie belge pourrait être grave et a demandé une réponse politique.

Le ministre fédéral de la mobilité, Jean-Luc Crucke, tout en défendant l’indépendance de la SNCB et le respect des règles de passation des marchés de l’UE, a reconnu que d’autres critères – tels que l’empreinte carbone de la construction des trains – auraient pu faire pencher le résultat.

Une question de politique

En réponse à la conclusion de mercredi, Franky Demon, député et conseiller municipal de Bruges pour le parti chrétien-démocrate, a réagi avec déception : « Les conséquences de cette décision sont graves. Les conséquences socio-économiques n’ont pas été prises en compte. Pourtant, Alstom n’était pas seulement moins cher, mais aussi un partenaire éprouvé dans notre pays. Aujourd’hui, 600 familles brugeoises apprendront cette nouvelle ».

Il a ajouté que les règles européennes en matière de marchés publics avaient été « suivies de manière trop stricte, surtout si l’on compare la Belgique à des pays comme la France, l’Allemagne, le Danemark, etc. « C’est tragique, car il s’agit d’argent public.

La CAF est sous le feu des critiques pour avoir coopéré avec l’occupation israélienne illégale. Yossef Zilberman/Shutterstock

La coopération de la CAF avec l’occupation israélienne en Palestine est à l’origine de la pression exercée sur la SNCB. CAF participe à l’expansion du métro léger de Jérusalem, un projet qui relie les colonies israéliennes des territoires palestiniens occupés – jugées illégales au regard du droit international – à Jérusalem-Ouest. L’entreprise fournit des wagons pour la ligne existante du projet et a remporté le contrat de construction de l’une des nouvelles lignes.

« Depuis des mois, nous insistons pour que la SNCB pose des conditions claires et exige que CAF se retire des colonies israéliennes illégales. Cette exigence est désormais explicitement communiquée à CAF », a déclaré la députée Staf Aerts, du parti écologiste. « Mais une fois les négociations conclues, nous voulons des garanties solides avant que la commande ne soit effectivement passée.

Valeur pour la SNCB contre valeur pour la Belgique

La SNCB a déclaré qu’elle demandait à l’entreprise espagnole de confirmer que ses activités respectaient le droit international et les droits de l’homme. Elle a également affirmé tout au long du processus que son choix était basé sur le « meilleur rapport qualité-prix » plutôt que sur le seul prix le plus bas. La marge de notation entre les trois meilleures offres était minime, a déclaré l’opérateur, CAF ayant une légère avance sur les critères qualitatifs, notamment la robustesse technique et la facilité d’exploitation.

Les observateurs ont suggéré que la taille relative de CAF et son approche client ont également pu jouer un rôle. Alors qu’Alstom dispose d’un carnet de commandes de 95 milliards d’euros, celui de CAF s’élève à 14,5 milliards d’euros – un écart qui pourrait donner au fabricant espagnol un avantage en termes de flexibilité et de réactivité lors de l’exécution du contrat.

La question de savoir si cela justifie la mise à l’écart d’un constructeur national aussi important reste politiquement sensible. Les négociations finales du contrat sont en cours, et si le Conseil d’État devait finalement rejeter le réapprobation – un résultat rare mais possible – la SNCB pourrait être forcée de réévaluer ses options. Pour l’instant, cependant, elle n’a pas changé d’avis, et CAF reste en pole position pour livrer ce qui pourrait être la commande de matériel roulant la plus contestée de Belgique depuis des décennies.

Lire la suite :

  • Plus de 50 trains ont grillé des feux rouges en Belgique l’année dernière. Sa couverture ETCS de 79 % fait-elle la différence ?
  • ERTMS : ce qu’un nouvel appel d’offres révèle sur le déploiement « recalibré » des Pays-Bas
  • EQOS Energie devient Stadsbader Rail, l’entreprise belge d’infrastructure élargit son portefeuille ferroviaire
  • La SNCB soumet à nouveau un plan de train réduit malgré les objections
  • Belgique : La SNCB cesse de vendre certains billets intl. au guichet dans plusieurs gares

Abonnez-vous pour accéder à toutes les actualités

Vous avez déjà un abonnement? Connectez-vous.

Choisissez votre abonnement

str:TeamSubscriptionOffer


ou

Vous souhaitez lire cet article gratuitement?

Vous pouvez lire un article gratuit par mois. Entrez votre adresse e-mail et nous vous enverrons un lien pour accéder à l’article complet. Aucun paiement requis.

Auteur: Thomas Wintle

Source: RailTech.com

Abonnez-vous pour accéder à toutes les actualités

Vous avez déjà un abonnement? Connectez-vous.

Choisissez votre abonnement

str:TeamSubscriptionOffer


ou

Vous souhaitez lire cet article gratuitement?

Vous pouvez lire un article gratuit par mois. Entrez votre adresse e-mail et nous vous enverrons un lien pour accéder à l’article complet. Aucun paiement requis.