Porto-Madrid en moins de 3 heures

Plus rapide qu’un avion : Le Portugal envisage une nouvelle liaison à grande vitesse entre Porto et Madrid

Portugal has its eyes on a new high-speed link to the Spanish capital.
Portugal has its eyes on a new high-speed link to the Spanish capital.

De Madrid à Porto en moins de trois heures… Le Portugal étudie à nouveau la faisabilité d’une nouvelle liaison à grande vitesse entre la capitale espagnole et la deuxième ville du Portugal, une liaison qui, si elle se concrétise, serait 15 minutes plus rapide qu’un vol court-courrier.

Quatre ans après le premier rapport préliminaire produit par l’association Vale d’Ouro sur une telle liaison à grande vitesse, le gestionnaire des infrastructures du Portugal envisage à nouveau une liaison Porto-Madrid. Infraestruturas de Portugal a signé un accord avec l’autorité de planification du nord du Portugal (CCDR-Norte) et la communauté intercommunale de Trás-os-Montes (CIM-TTM), qui représente les municipalités de la région nord-est du pays, pour faire avancer les études de faisabilité d’une nouvelle liaison ferroviaire à grande vitesse vers la capitale espagnole.

Le projet consisterait à construire une nouvelle liaison ferroviaire de 300 km entre l’aéroport de Porto et la ville de Zamora, dans le centre-ouest de l’Espagne, avec une vitesse maximale de 250 km/h. De là, la capitale provinciale dispose déjà d’une liaison à grande vitesse avec Madrid, qui permet aux trains de circuler à 300 km/h. En construisant la nouvelle voie entre Porto et Zamora, on estime qu’un voyage en train entre le centre du Portugal et la capitale espagnole ne prendrait que deux heures et 45 minutes.

Itinéraire envisagé entre Porto et Zamora, puis Madrid. Vale d’Ouro

C’est 15 minutes de moins qu’une liaison aérienne, compte tenu du temps de trajet nécessaire entre le centre-ville et l’aéroport, et de la durée de la liaison aérienne entre les deux villes, qui est d’au moins 1 heure et 10 minutes. En outre, la nouvelle liaison ferroviaire serait bien placée pour remplacer un total de 28 liaisons aériennes quotidiennes entre Porto et Madrid, avec des impacts environnementaux significatifs. L’initiative permettrait également de relier Porto à Paris en huit heures environ, à l’instar des trajets de jour entre Madrid et Marseille ou Paris-Milan.

Avantages régionaux pour le Portugal

Initialement, le gouvernement portugais avait proposé une nouvelle voie ferrée partant uniquement du milieu de la ligne du Douro, à Caíde, une ville située à l’est de Porto, près de la vallée du Douro, avec une vitesse maximale comprise entre 160 et 200 km/h. Cependant, avec cette option, il faudrait quatre heures pour aller de Porto à Madrid, ce qui nuirait à la compétitivité du projet par rapport au transport aérien et réduirait les avantages potentiels pour le nord du Portugal.

Outre son ambition internationale, la nouvelle liaison envisagée présenterait également des avantages régionaux majeurs. Les promoteurs veulent ramener le train dans les districts de Bragança et de Vila Real, les deux districts portugais les plus septentrionaux, qui ont perdu leurs liaisons ferroviaires en 1991 et 2009, respectivement. La nouvelle liaison ferroviaire se traduirait également par un plus grand nombre de trains régionaux et interurbains, ce qui permettrait aux habitants de Bragança et de Vila Real, par exemple, de se rendre facilement à Porto.

En effet, Vila Real serait à 44 minutes de Porto pour les trajets interurbains, ou à 48 minutes pour les trajets régionaux. En comparaison, il faut compter une heure de trajet en voiture et une heure et demie en bus express. Par ailleurs, un train à grande vitesse mettrait la ville de Bragança, dans l’est du Portugal, à 1 heure et 14 minutes de Porto et, par train régional, à 1 heure et 27 minutes, au lieu des 2 heures de trajet en voiture ou des 2 heures et 20 minutes de trajet en autocar actuels.

Le premier projet de plan du réseau ferroviaire portugais, à partir d’avril 2021, soulève encore des questions sur les liaisons potentielles avec Vila Real et Bragança. Vale d’Ouro

La ligne à l’étude entre l’aéroport de Porto et Bragança s’arrêterait également à Paços de Ferreira, Amarante, Vila Real, Alijó/Murça, Mirandela et Macedo de Cavaleiros – une série de villes en expansion et de capitales de district dans le nord du Portugal, dont beaucoup ont perdu le service ferroviaire il y a des décennies ou restent mal connectées aujourd’hui. Après Bragança, une gare supplémentaire est prévue à Terra de Miranda, près de Miranda do Douro, avant que la ligne ne soit reliée à la future ligne à grande vitesse Lisbonne-Porto (via l’aéroport de Porto) et aux lignes existantes du Douro et du Minho.

L’option fret ralentirait le transport ferroviaire de passagers

La ligne proposée permettrait aux trains de passagers de quitter l’aéroport de Porto à 120 km/h et d’atteindre 160 km/h en quelques kilomètres. Après le passage de Paços de Ferreira, la vitesse pourrait atteindre 200 km/h sur plus de 50 kilomètres, le tronçon entre Vila Real et Zamora atteignant la vitesse maximale de 250 km/h prévue par le projet.

Mais la ligne ne concerne pas que les passagers. Les promoteurs préconisent également une utilisation mixte, permettant aux trains de marchandises en provenance de Leixões – le plus grand port maritime du Portugal, dans le nord du pays – de se rendre en Espagne à une vitesse constante de 120 km/h. Ils affirment que cela permettrait d’offrir un service de transport plus rapide et plus efficace. Selon eux, cette solution serait plus viable pour le fret que le projet de corridor Aveiro-Salamanca, qui a été rejeté à deux reprises par la Commission européenne en raison d’évaluations coûts-bénéfices négatives.

Toutefois, sans le fret, la ligne pourrait être optimisée pour des services de transport de passagers plus rapides, capables de circuler à 300 km/h. Cela permettrait de réduire la distance entre Porto et Madrid. Le trajet Porto-Madrid ne durerait alors plus que 2 heures et 20 minutes, Bragança se trouvant à une heure de Porto et Vila Real à 35 minutes.

Différentes options d’investissement

Le budget d’un tel projet de construction dépend évidemment du nombre de voies et de la façon dont les étapes de la pose des voies sont mises en œuvre. La construction d’un peu moins de 300 km de ligne à deux voies d’un seul coup nécessiterait un investissement d’environ 4,45 milliards d’euros, y compris une marge de 10 % pour les coûts extraordinaires.

Pour alléger le poids d’un investissement initial aussi important, les promoteurs du projet proposent une construction par étapes. Une option consisterait à construire les 50 premiers kilomètres – jusqu’à Amarante – en double voie, le reste de la ligne étant réalisé en voie unique. Cela ramènerait le budget à environ 3,52 milliards d’euros. Le prolongement de la double voie jusqu’à Vila Real (89 km) augmenterait légèrement le coût, à 3,96 milliards d’euros. Mais si, par la suite, la ligne doit être mise à double voie sur toute sa longueur, l’investissement final passerait à 4,73 ou 4,54 milliards d’euros, en fonction du phasage.

La ligne proposée est conçue pour accueillir un écartement ibérique ou standard, en fonction de la décision finale de l’Espagne. Pour que les deux options restent ouvertes, l’étude prévoit déjà plusieurs systèmes automatiques de changement d’écartement le long de la ligne.

Plan ferroviaire de l’avant-projet au Portugal

Les origines du projet remontent à avril 2021, lorsque le gouvernement portugais a dévoilé la première version de son plan ferroviaire national. L’un de ses principaux objectifs était de rétablir le service ferroviaire dans les 18 districts du pays, ce qui a suscité une question qui allait façonner le reste du débat : comment les trains pourraient-ils à nouveau desservir Vila Real et Bragança ? Ce défi a incité les ingénieurs Kátia Rocha, Cláudio Pereira, Alberto Aroso et Luís Almeida à prendre les choses en main. Travaillant bénévolement et pendant leur temps libre, ils ont élaboré la première version d’une proposition de liaison à grande vitesse entre Porto et Madrid, avec un temps de trajet initial de trois heures.

En janvier 2023, une version actualisée avait ramené le trajet à 2 heures et 45 minutes, avec un itinéraire révisé qui évitait les parcs naturels sensibles près de la frontière. L’idée a commencé à faire son chemin sur le plan politique et a rapidement obtenu le soutien des municipalités de Porto et de Zamora. En octobre 2024, le projet a été officiellement reconnu dans une déclaration commune lors du sommet ibérique comme une connexion transfrontalière essentielle. Six mois plus tard, en avril 2025, il a été inclus dans la version finale du plan ferroviaire national du Portugal en tant que future priorité stratégique.

Avec le protocole signé en juillet dernier, Infraestruturas de Portugal, CCDR-Norte et CIM-TTM se sont maintenant engagés à poursuivre les études, dans le but de faire sortir la nouvelle liaison ferroviaire de la planche à dessin, réduisant ainsi considérablement la dépendance à l’égard des voitures et des vols court-courriers entre le Portugal et l’Espagne. Si les projets se concrétisent, la ligne pourrait redessiner la carte de la mobilité ibérique.

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Auteur: Thomas Wintle

Source: RailTech.com

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