La Pologne va décider de multiplier par vingt ses dépenses ferroviaires dans le cadre de la « loi sur le fonds ferroviaire ».

La Pologne s’apprête à revoir son mode de financement de la construction ferroviaire. Dans les semaines à venir, le gouvernement décidera de transformer le modeste Fonds ferroviaire en un outil de financement lourd, en augmentant les allocations annuelles d’environ 1 milliard à 20 milliards de zlotys pour le Centralny Port Komunikacyjny (CPK) et d’autres projets.
Le gouvernement polonais décidera au cours des prochaines semaines d’adopter ou non une nouvelle loi sur le fonds ferroviaire, qui pourrait multiplier par vingt le montant annuel du fonds ferroviaire du pays. Cette loi transformerait le petit fonds ferroviaire existant en un instrument d’infrastructure majeur, qui deviendrait l’épine dorsale de la construction de trains à grande vitesse, notamment la ligne « Y » du Centralny Port Komunikacyjny (CPK).
Le vice-ministre des infrastructures, Piotr Malepszak, a rencontré le ministre des finances, Andrzej Domański, la semaine dernière pour discuter des derniers détails. M. Malepszak a déclaré que les discussions progressaient et s’est dit optimiste quant à l’approbation du mécanisme par le gouvernement, qu’il a qualifié d’essentiel pour le gestionnaire du réseau ferroviaire national PKP PLK et le projet CPK. Le nouveau fonds fonctionnerait sur le modèle du Fonds routier national, qui assure depuis longtemps un financement stable des autoroutes.
Une version du Fonds ferroviaire existe depuis 2006, mais il s’agit d’un instrument mineur, qui alloue environ un milliard de zlotys (230 millions d’euros) par an, principalement pour l’entretien et le service de la dette. En comparaison, le Fonds routier a bénéficié d’apports annuels d’environ 20 milliards (4,68 milliards d’euros). Les groupes industriels se plaignent depuis longtemps que ce déséquilibre fait du rail le « frère pauvre » du transport routier, malgré ses avantages climatiques et son importance stratégique.
La Pologne augmente le financement du rail
La réforme actuellement à l’étude renforcerait radicalement ce mécanisme. Le secteur ferroviaire estime que le nouveau Fonds ferroviaire devrait recevoir entre 15 et 20 milliards de zlotys (3,5 à 4,6 milliards d’euros) par an, un niveau que Malepszak et le Premier ministre Donald Tusk ont tous deux approuvé. M. Tusk a promis un total de 180 milliards de zlotys (41 milliards d’euros) pour le rail dans les années à venir, le Fonds ferroviaire réorganisé étant le principal canal de distribution.
Ce type de financement est considéré comme crucial pour le programme ferroviaire du CPK, en particulier le réseau en « Y » prévu pour relier Varsovie, Łódź, Poznań et Wrocław, avec un embranchement à Kalisz. Le ministère des infrastructures estime le coût de la ligne à près de 77 milliards de zlotys (17,5 milliards d’euros). La construction d’un tunnel de 4,6 km dans le district de Retkinia à Łódź est déjà en cours. Elle a été confiée à l’entrepreneur PORR pour un montant de 2,16 à 2,2 milliards de zlotys (490 à 500 millions d’euros).
La ligne « Y », dont la livraison progressive est prévue entre 2032 et 2035, devrait transporter 21 millions de passagers longue distance par an, soit environ 20 % du marché polonais. Elle desservirait également 12,9 millions de passagers régionaux. D’ici 2035, le nombre total d’usagers du rail en Pologne devrait dépasser les 550 millions, ce qui signifie que les lignes CPK pourraient remodeler les schémas de trafic nationaux.
Travaux préparatoires en cours
Parallèlement, des travaux préparatoires sont en cours sur environ 880 kilomètres de lignes supplémentaires. Il s’agit notamment de Katowice-Jastrzębie Zdrój jusqu’à la frontière tchèque, de la jonction CPK-Płock-Włocławek et du tronçon Lipno-Grudziądz-Gdańsk. Une ligne séparée Katowice-Ostrava a déjà fait l’objet d’études techniques et environnementales. Ce projet pourrait réduire la durée du trajet Varsovie-Prague de plus de cinq heures à moins de trois, et celle du trajet Varsovie-Budapest à moins de quatre.
Les entreprises de construction ont accueilli très favorablement la perspective d’un fonds ferroviaire entièrement financé. Elles font valoir que la dépendance à l’égard des fonds cycliques de l’UE est source d’instabilité, avec des périodes de sécheresse du marché suivies d’un afflux soudain de contrats. Un fonds national de l’ampleur de celui qui est proposé aujourd’hui donnerait au secteur une stabilité à long terme et la possibilité de planifier plus efficacement les effectifs et les ressources. Si le gouvernement donne son accord la semaine prochaine, la loi sur le fonds ferroviaire sera soumise au parlement dans le courant de l’année.
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