L’Espagne retire les trains Avril de la ligne Madrid-Barcelone. Puente se tourne vers Siemens pour les remplacer.
Renfe va retirer ses trains Talgo Avril du corridor Madrid-Barcelone après des problèmes techniques répétés, et les remplacer par des services AVE à partir du 8 septembre. Ce retrait prive la flotte espagnole de trains à grande vitesse de son itinéraire le plus fréquenté, obligeant le ministre des transports, Óscar Puente, à chercher des remplaçants d’urgence auprès de Siemens en Allemagne.
Les trains à grande vitesse Talgo Avril de la Renfe, en proie à de nombreuses difficultés, ont subi un nouveau coup dur. Après avoir affirmé pendant des mois que la nouvelle flotte de S106 était sûre malgré les fissures et les pannes répétées, l’opérateur public espagnol vient de confirmer le retrait des cinq Avrils de marque Avlo desservant le corridor Madrid-Barcelone. À partir du 8 septembre, la ligne à grande vitesse la plus fréquentée du pays sera exploitée exclusivement avec des trains AVE, tandis que le ministre des transports, Óscar Puente, se prépare à se rendre chez Siemens en Allemagne pour obtenir des remplacements.
Le train de nouvelle génération, fleuron de l’Espagne, a connu une succession d’échecs. Lorsque des fissures ont été détectées dans un châssis de bogie lors d’une inspection de routine en juillet, Renfe a souligné que les « mesures nécessaires » avaient été prises, que les remplacements avaient été effectués et que le reste de la flotte de S106 n’avait pas été affecté. La vente de billets s’est poursuivie et la compagnie a affirmé que les services Avlo fonctionneraient normalement.
Mais en août, la donne a changé : les cinq Avrils à écartement fixe affectés à la ligne sont définitivement retirés, les passagers ayant réservé au-delà du 7 septembre sont transférés sur des trains AVE, et Renfe justifie cette décision en affirmant que les AVE plus anciens » sont mieux adaptés aux caractéristiques de la ligne et aux besoins du profil du voyageur d’affaires « . Puente, qui subit de fortes pressions, a annoncé qu’il se rendrait chez Siemens « pour obtenir du matériel ferroviaire le plus rapidement possible ».
Les défaillances techniques s’accumulent
Ce retrait fait suite à une série de défaillances techniques qui ont affecté les Avrils depuis leurs débuts commerciaux en mai 2024. Plus récemment, les conducteurs ont signalé des vibrations, des oscillations et des bruits inhabituels à grande vitesse sur le tronçon Madrid-Barcelone, les anomalies étant concentrées dans les 190 premiers kilomètres à partir de Madrid.
Pour y remédier, Renfe et Talgo ont proposé des tests dynamiques impliquant des modifications des composants roulants des trains. Mais ces essais n’ont jamais été autorisés par Adif, le gestionnaire de l’infrastructure, qui aurait dû approuver des essais à 300 km/h sur la ligne à grande vitesse la plus fréquentée du pays. En tant qu’organisme responsable de la sécurité et de la responsabilité des voies, l’Adif n’était apparemment pas disposée à autoriser des opérations expérimentales alors que des fissures et des vibrations anormales faisaient déjà l’objet d’une enquête.
Ce refus a conduit à une impasse : les corrections n’ont pas pu être validées dans des conditions de service réelles, les anomalies ont persisté et Renfe s’est retrouvée avec des trains qui ne pouvaient pas être remis en service à pleine vitesse de manière fiable. Cela a finalement ouvert la voie au retrait du corridor Madrid-Barcelone des Avrils de marque Avlo, qui représentent les seules nouvelles unités longue distance ajoutées par Renfe depuis 2008. En fait, loin d’augmenter la capacité sur le corridor le plus fréquenté d’Espagne, les Avrils phares l’ont considérablement réduite, ce qui a exercé une pression considérable sur l’opérateur national et le ministère espagnol des transports.
Puente se tourne vers Siemens
L’opposition espagnole s’est sans surprise emparée de ce retrait, accusant le ministère de Puente de mauvaise gestion et de « chaos » dans l’infrastructure ferroviaire espagnole. En réponse, M. Puente tente de retourner la balle dans le camp du PP, rappelant au parlement que les Avrils – une rare injection de matériel roulant longue distance – ont été achetés sous le gouvernement précédent et « n’ont pas donné les meilleurs résultats possibles ».
Dans le même temps, le ministre des transports tente de faire preuve d’initiative de la part de son gouvernement, qui fait actuellement l’objet d’un examen minutieux dans le cadre d’un long scandale de corruption, en annonçant un voyage en Allemagne la semaine prochaine, où il visitera la principale usine de trains de Siemens. Cette mission est présentée comme une mesure d’urgence visant à « obtenir du matériel ferroviaire dès que possible » afin de stabiliser les opérations sur le corridor Madrid-Barcelone.
En réalité, il faudrait des années pour que des trains Siemens flambant neufs arrivent, de sorte que le voyage est peut-être moins une question d’approvisionnement immédiat que d’optique. Néanmoins, il témoigne d’un certain niveau de détermination politique et de la volonté du gouvernement de se diversifier au-delà de l’entreprise espagnole Talgo. La visite pourrait se traduire par des discussions réelles sur les options de location, les créneaux de production accélérée ou la coopération technique.
En attendant, Renfe affirme que les fréquences et les horaires resteront inchangés sur la ligne Madrid-Barcelone, les services AVE reprenant tous les créneaux horaires d’Avlo et des « prix compétitifs » étant promis aux rivaux Ouigo et Iryo. Cependant, la disparition de la marque à bas prix Avlo du corridor le plus fréquenté d’Espagne, où Avlo détenait une part de marché de 12 %, constitue un revers important pour la stratégie budgétaire de Renfe, et est représentative du malaise plus général que suscitent les Avrils.
Implications d’Avril pour Talgo et Renfe
Au-delà de la fissure du bogie en juillet, la fiabilité a été un problème persistant. Le jour de l’an 2025, l ‘ensemble de la flotte Avril s’est arrêtée suite à une erreur de communication entre le système de contrôle et les chargeurs de batterie embarqués, perturbant les trajets de plus de 14 000 passagers. Au cours des dix premières semaines d’exploitation, Renfe a enregistré 479 incidents, soit une moyenne de six par jour. Des pannes très médiatisées, dont l’une a vu des centaines de passagers piégés dans un tunnel à l’extérieur de Madrid pendant la période de pointe de l’été, ont fait que, aux yeux du public, les problèmes sont loin d’être de simples difficultés initiales pour une nouvelle flotte.
Ainsi, alors que le dernier retrait se limite aux cinq Avlo, la série Avril, plus large, fait l’objet d’un examen de plus en plus minutieux. Ils ont été livrés avec près de deux ans de retard, ce qui a poussé Renfe à déposer une plainte de 166 millions d’euros contre Talgo pour les retards. Le contrat initial a été signé en 2016, avec une commande élargie à 38 trains, le projet valait environ 1,5 milliard d’euros et était considéré comme la réponse de l’Espagne à la concurrence internationale. Mais, sans surprise, les pays voisins ne sont guère enthousiastes à l’idée de laisser les trains à problèmes circuler sur leurs voies.
Offrant la flexibilité d’un double écartement pour les services transfrontaliers, Renfe souhaitait utiliser les trains pour lancer ses premiers services concurrentiels à grande vitesse en France et au-delà. Au lieu de cela, les régulateurs de l’autre côté de la frontière se sont montrés prudents, et la SNCF n’a guère manifesté d’enthousiasme à l’idée d’admettre la flotte en difficulté sur son réseau. S’il est possible qu’un certain élément de protectionnisme soit à l’origine de l’approbation tardive en France, le retrait sur le territoire national ne renforcera en rien la position de Renfe à l’étranger. Quoi qu’il en soit, l’expansion de Renfe vers l’est – en particulier dans la région parisienne – va être suspendue pendant un certain temps.
Pour Talgo, l’optique est tout aussi néfaste. Déjà critiqué pour ses retards de livraison, le constructeur espérait sans doute que la série S106 lui permettrait de se positionner comme un rival technologique digne des autres constructeurs européens de trains à grande vitesse. Au lieu de cela, le retrait définitif et très médiatisé de la ligne Madrid-Barcelone ne fera que renforcer les inquiétudes concernant la fiabilité du modèle et de Talgo. M. Puente a qualifié ce retrait de « mesure nécessaire », mais les retombées s’annoncent graves pour le gouvernement espagnol, son opérateur national, son principal constructeur de trains et, probablement, ses passagers.
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