Les 27 régions allemandes harmonisent la conception des trains et achètent en gros
Les 27 autorités régionales de transport allemandes ont décidé d’acheter les futurs trains régionaux et S-Bahn sur la base de normes techniques communes, dans le but de réduire les coûts, de simplifier la maintenance et d’accélérer les livraisons. Ce plan, formalisé dans une charte adoptée en septembre, pourrait remodeler la manière dont le plus grand marché européen du transport ferroviaire de passagers achète de nouveaux trains.
Les opérateurs ferroviaires régionaux allemands ont signé une « Charte sur la normalisation du matériel roulant régional », s’engageant à aligner les futurs achats de trains sur un cadre de conception commun. L’accord, adopté fin septembre par la Bundesarbeitsgemeinschaft Schienenpersonennahverkehr(BAG-SPNV) – l’association représentant les 27 autorités locales de transport – vise à réduire les coûts et à accroître l’efficacité des achats en introduisant des trains de conception modulaire pouvant être commandés en gros.
Le document, soutenu par l’Association allemande de l’industrie ferroviaire (VDB) et Allianz pro Schiene, n’est pas juridiquement contraignant, mais il représente la plus forte poussée de l’industrie à ce jour pour une approche nationale de l’approvisionnement en trains régionaux. Jusqu’à présent, chaque autorité de transport lançait des appels d’offres sur mesure, avec des longueurs de véhicules, des configurations de portes et des aménagements d’accessibilité différents – une approche qui fragmentait les commandes, augmentait les coûts et compliquait la maintenance.
Un projet de marché public de masse
Selon la nouvelle charte, les futurs contrats comprendront un minimum de 15 rames par commande afin de réaliser des économies d’échelle. Les autorités se coordonneront également en annonçant publiquement les achats prévus, ce qui permettra aux régions voisines de se joindre à des commandes combinées plus importantes.
La charte définit des longueurs de véhicules fixes, garantissant la compatibilité des plates-formes et réduisant les variations de conception. Pour les trains à deux étages, les dimensions standard sont de 80, 106, 132 et 158 mètres ; les versions à un étage seront de 70, 88 et 106 mètres, tandis que les unités régionales plus petites auront une longueur de 28, 50 ou 60 mètres. Une marge de tolérance de quelques mètres est autorisée, mais l’objectif à long terme est d’éliminer totalement ces variations.
La disposition des portes est également en cours d’harmonisation. Pour les systèmes de S-Bahn urbains, il devrait y avoir environ une porte pour 30 à 35 places de passagers. Les trains régionaux à un seul niveau auront une porte pour 17 à 20 places dans les zones plus denses, ou une pour 30 dans les zones rurales. La largeur des portes sera limitée à deux normes – 1 300 ou 1 800 millimètres – afin de simplifier l’homologation et la fabrication.
Les normes d’accessibilité suivront le règlement STI-PRM de l’UE, mais la charte prévoit également une nouvelle ligne directrice nationale pour les toilettes accessibles, qui devra être élaborée avec les associations de personnes handicapées afin de répondre aux normes allemandes plus strictes.
Du principe à la pratique
La charte fait suite à des mois de discussions entre les autorités, les constructeurs de trains, les sociétés de location et les syndicats sur la manière de réduire les coûts du cycle de vie et d’améliorer la réutilisation des véhicules entre les contrats. Lorsque les différences entre les offres sont trop importantes, les trains ne peuvent pas être facilement redéployés dans d’autres régions, ce qui oblige à des reconceptions coûteuses et à des mises à la retraite anticipées.
BAG-SPNV affirme que le cadre permettra de réaliser des économies à long terme pour les opérateurs et les contribuables, tout en offrant aux fabricants une plus grande sécurité en matière de planification. Pour la VDB, qui a coécrit un livre blanc sur le matériel roulant régional, la normalisation est essentielle pour renforcer l’industrie ferroviaire allemande et réduire la dépendance à l’égard des fournisseurs étrangers.
Bien que volontaire, l’accord pourrait marquer un tournant. S’il est largement adopté, le réseau régional allemand deviendrait le premier en Europe à appliquer une norme nationale inter-autorités pour les trains régionaux. Ailleurs, les TER français et les services régionaux italiens font preuve d’une normalisation partielle grâce à des flottes à opérateur unique, tandis que les voïvodies polonaises et le modèle de location suédois ne se chevauchent que par coïncidence ou par l’intermédiaire de fournisseurs communs. Aucun autre pays européen ne dispose d’un cadre formel multi-autorités coordonnant les spécifications du matériel roulant au niveau national.
La charte allemande, en revanche, crée un cadre partagé d’acquisition et de conception entre 27 régions indépendantes, combinant l’échelle d’un système centralisé avec l’autonomie d’un contrôle local. Cette charte pourrait constituer un puissant précédent pour une modernisation plus rapide, moins coûteuse et plus cohérente des chemins de fer dans l’ensemble de l’Union européenne.
Pour en savoir plus :
- FlixTrain s’implante dans les zones rurales allemandes avec des billets combinés
- Les efforts de l’Allemagne pour faire revivre les lignes ferroviaires désaffectées sont qualifiés d' »instables, laissés au hasard des constellations ».
Abonnez-vous pour accéder à toutes les actualités
Vous avez déjà un abonnement? Connectez-vous.
Choisissez votre abonnement
str:TeamSubscriptionOffer
ou
Vous souhaitez lire cet article gratuitement?
Vous pouvez lire un article gratuit par mois. Entrez votre adresse e-mail et nous vous enverrons un lien pour accéder à l’article complet. Aucun paiement requis.




