Les CFF choisissent Siemens plutôt que Stadler pour 116 nouveaux wagons à deux niveaux : « ce n’était pas une course serrée ».
Les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) ont choisi Siemens Mobility pour la fourniture de 116 trains à deux étages, avec une option pour 84 trains supplémentaires, dans le cadre d’un marché d’une valeur d’environ 2 milliards de francs suisses (2,1 milliards d’euros). Cette décision a suscité des critiques de la part du fabricant suisse Stadler Rail, qui affirme que son offre n’était que 0,6 % plus chère et envisage maintenant de faire appel.
Les nouveaux trains, basés sur la plate-forme Desiro HC de Siemens, entreront en service dans les années 2030 et remplaceront les anciens trains à deux étages de la première génération sur les réseaux du S-Bahn de Zurich et de Suisse occidentale. Les CFF ont attribué le contrat à la suite d’un appel d’offres public qui a donné lieu à trois offres différentes, parmi lesquelles Siemens et Stadler ont été confirmées.
Selon Vincent Ducrot (63 ans), PDG des CFF, Siemens a obtenu les meilleurs résultats dans le cadre de la procédure d’appel d’offres, et ce « de loin », en termes de coûts d’investissement, de consommation d’énergie et de durabilité. Les trains comporteront 540 places assises, des entrées à plancher bas, des zones multifonctionnelles pour les vélos et les bagages, ainsi que des systèmes d’information améliorés pour les passagers. Aux heures de pointe, les rames couplées offriront 30 % de places debout en plus que les modèles actuels.
Stadler remet en question l’attribution du prix et laisse entendre qu’il y aura un recours
Stadler Rail, le fabricant suisse qui emploie 6 000 personnes dans le pays, a exprimé sa déception face à cette décision. Stadler a déclaré dans un communiqué qu’il n’y avait qu’une différence de prix de 0,6 %, qu’il a qualifiée de « négligeable », et a suggéré un traitement inéquitable dans l’évaluation par les CFF des critères de durabilité et d’entretien. Stadler analyse actuellement la matrice d’évaluation des CFF et pourrait déposer un recours auprès du tribunal administratif de Saint-Gall dans les 20 jours, a rapporté le journal suisse Blick.
Le PDG Markus Bernsteiner a déclaré que les trains à deux étages KISS de Stadler, qui « ont une disponibilité de 99% dans la flotte des CFF », ont été « testés et éprouvés », mais qu’ils n’ont pas été pris en compte.
Dans une interview accordée à la SonntagsZeitung, Peter Spuhler, président de Stadler, ne cache pas sa déception. Il a déclaré que l’offre de Stadler était « sous-évaluée » dans certains domaines, à savoir la durabilité et la maintenance, bien qu’il ne s’étende pas beaucoup sur ce point.
En ce qui concerne la durabilité, il a souligné que les trains de Stadler seraient produits à 100 % en Suisse ; en ce qui concerne la maintenance, il se contente d’indiquer que Siemens a reçu 40 points et Stadler 0. Il a également cité des « facteurs mous », des critères qui ne sont pas étayés par des chiffres concrets. « Je trouve cela incompréhensible et il semble qu’en raison de la faible différence de prix, ils aient essayé de justifier la décision par de telles évaluations », a déclaré M. Spuhler. Le président de Stadler, tout en reconnaissant que la valeur ajoutée locale ne peut être un critère d’attribution, a qualifié la sélection de Siemens d' »attribution d’un plan de relance économique à l’Allemagne ».
Plusieurs politiciens suisses partagent la déception de M. Stadler. « A quel point faut-il être stupide pour ne pas commander une entreprise suisse de premier plan comme Stadler à cause d’une différence de prix minime ? », a déclaré Gerhard Pfister, membre du Conseil national pour le parti de centre Die Mitte sur les médias sociaux. Le conseiller national Thomas Burgherr de l’Union démocratique du centre (UDC) a lancé une motion concernant l’attribution du contrat à Siemens, demandant au Conseil fédéral des éclaircissements sur l’attribution du contrat.
Les experts en marchés publics ont toutefois mis en garde contre les risques d’un renforcement du protectionnisme suisse. Ils ont souligné dans le Blick l’importance de règles de concurrence équitables pour l’économie suisse, qui dépend des exportations.
Les CFF clarifient la situation : La « suissitude » n’est pas un critère
Suite aux critiques de M. Stadler, les CFF ont publié une déclaration de suivi soulignant que les appels d’offres publics doivent être transparents, équitables et concurrentiels, afin d’éviter le gaspillage de l’argent des contribuables. « Selon le droit des marchés publics, la « suissitude » n’est ni souhaitée ni autorisée », déclare la compagnie ferroviaire. L’évaluation a été menée de manière indépendante, sans qu’aucune objection n’ait été soulevée au cours de la procédure d’appel d’offres. La déclaration réitère qu’il « n’y a pas eu de course serrée » entre les trois différentes offres.
Au cours des 25 dernières années, 72 % des contrats de matériel roulant des CFF ont été attribués à Stadler, et seulement 7 % à Siemens. Bien que Siemens Mobility soit un fabricant étranger, les CFF ont noté qu’une partie de la création de valeur – comme la gestion de projet, les essais et la maintenance – restera en Suisse. Siemens emploie également 6 000 personnes dans le pays, avec un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros.
Les nouveaux trains entreront en service dans les années 2030 et circuleront sur le RER zurichois, le réseau RER Vaud et la ligne RE33 Martigny-Annemasse. Si Stadler fait appel, le Tribunal administratif fédéral réexaminera la décision.
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