Les associations de voyageurs françaises fustigent l’expansion de Ouigo de la SNCF : « Un pansement pour masquer le manque de trains ».
La dépendance croissante de la France à l’égard des services à grande vitesse à bas prix fait l’objet de vives critiques de la part des associations de voyageurs, qui avertissent que Ouigo est devenu « un pansement utilisé par la SNCF pour masquer le manque de trains ». Ces critiques interviennent alors que l’opérateur public redouble d’efforts pour développer les services à bas prix.
Selon la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT), Ouigo, la marque économique de la SNCF en plein essor, « profite plus à la SNCF qu’aux voyageurs » et remplace de plus en plus, au lieu de le compléter, le produit TGV Inoui, qui offre un meilleur service et sur lequel comptent les voyageurs fréquents.
La SNCF a lancé des plans pour que Ouigo représente 30 % du marché français de la grande vitesse d’ici 2030, grâce à une augmentation de 30 % du trafic et de 30 % du nombre de rames. De nouvelles lignes longue distance, dont Lyon-Bordeaux à partir de 2027, sont au cœur de cette stratégie, comme l’a rapporté RailTech. Mais dans un communiqué aux termes acerbes, la FNAUT avertit que ce changement s’accompagne d’inconvénients évidents pour les usagers.
« Un pansement pour masquer le manque de trains »
La fédération affirme que les conditions restrictives de Ouigo – billets non remboursables, cartes de réduction non applicables et règles de compensation moins généreuses – offrent une expérience dégradée aux passagers par rapport à Inoui. Plus important encore, elle affirme que l’expansion a été réalisée en remplaçant des trains à grande vitesse à service complet existants. « La plupart des services exploités par Ouigo ont remplacé des services précédemment exploités par TGV Inoui. En conséquence, les 4,5 millions de porteurs de cartes Avantage, et les centaines de milliers de porteurs de cartes Liberté (principales cartes de réduction et d’abonnement de la SNCF), ont de moins en moins de trains sur lesquels ils peuvent bénéficier de leurs abonnements », a déclaré la fédération.
La FNAUT va plus loin et accuse la SNCF d’utiliser Ouigo pour masquer des déficits structurels de capacité : « Chaque train converti en Ouigo représente une réduction du nombre de TGV Inoui. En 10 ans, le service Inoui a diminué de 24% en sièges-kilomètres offerts. Ouigo est donc devenu un pansement utilisé par la SNCF pour masquer le manque de trains et son incapacité à répondre à la demande ».
La SNCF défend le modèle
Le directeur de TGV-Intercités, Alain Krakovitch, a récemment insisté sur le fait que la croissance de Ouigo ne cannibalisera pas la flotte d’Inoui, affirmant que la capacité supplémentaire proviendra de l’arrivée du TGV M de nouvelle génération et des programmes d’extension de la durée de vie des rames plus anciennes. L’opérateur affirme également que Ouigo attire une demande entièrement nouvelle : ce que l’on appelle le « trafic induit » qui, autrement, ne voyagerait pas en train.
Ces arguments n’ont pas calmé les critiques. La FNAUT souligne que les prix de Ouigo – peut-être le seul avantage pour les passagers – ont fortement augmenté, de 45 % entre 2019 et 2023 selon les données du régulateur ART. « Chaque année qui passe, le prix moyen de Ouigo se rapproche dangereusement de celui de TGV Inoui… pour les jours précédant le départ, les prix de Ouigo finissent très souvent par être supérieurs à ceux pratiqués par TGV Inoui pour les détenteurs de cartes Avantage ou Liberté », indique la fédération.
En effet, le tarif moyen de Ouigo est passé de 23 € à 34 € en quatre ans. Selon la SNCF, la hausse des prix s’explique par l’allongement des liaisons à bas prix vers les destinations du Sud, de la Bretagne et de la côte atlantique, ce qui a pour effet d’augmenter les tarifs. Cependant, la FNAUT n’est pas impressionnée : « Les hausses de prix de Ouigo contredisent le vieil adage marketing annoncé lors du lancement de la marque. En 2013, Ouigo affirmait qu’un passager sur deux était un nouveau client. Aujourd’hui, c’est loin d’être le cas. »
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