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Il n’y aura pas de train de nuit Malmö-Cologne-Bruxelles dans l’immédiat

Il n’y aura pas, du moins dans l’immédiat, de train de nuit entre Malmö, Cologne et Bruxelles comme initialement pensé par le gouvernement suédois.

On se souvient qu’à l’été 2019, le gestionnaire suédois de l’infrastructure ferroviaire Trafikverket avait été chargé d’une étude afin d’étudier les conditions de passation des marchés publics pour le trafic des trains de nuit vers les villes européennes. Fin avril 2020, l’agence gouvernementale publiait le rapport final relatif à cette question. D’après cette étude, la route Malmö-Cologne-Bruxelles était identifiée comme la plus appropriée pour aller de l’avant avec un éventuel achat de services de trains de nuit vers le continent européen.

En juillet 2020, le gouvernement suédois, une coalition sociale-démocrate et écologistes, donnait l’instruction à Trafikverket d’acquérir des voitures-lits et des voitures couchettes ainsi que d’organiser les horaires, non pas de un, mais de deux trains de nuit : Bruxelles-Malmö et Stockholm-Hambourg.

Bruxelles et Hambourg avaient été sélectionnées comme destinations pour ces nouveaux services car elles offrent les meilleures connexions vers d’autres destinations, déclarait alors Trafikverket. Bruxelles était conçue comme un hub permettant de joindre Londres, Paris voire même le sud de l’Europe.

L’objectif opérationnel de Trafikverket était de trouver un opérateur pour chacun de ces deux trains, sous un contrat d’appel d’offre. Rapidement cependant, on se rendait compte qu’aucun candidat ne se manifestait pour le Malmö-Bruxelles. En revanche, l’opérateur étatique suédois SJ répondait pour le seul train de nuit Stockholm-Hambourg. Cela crispa davantage le privé Snälltåget, une filiale de Transdev, qui opère depuis juin un train de nuit sur la même liaison, prolongée vers Berlin.

« Avec le train Stockholm-Hambourg, les opérateurs peuvent profiter au maximum des aides d’état suédois et danois », explique le porte-parole de Back on Track Belgium, Alexander Gomme. En clair :  sur la partie du parcours scandinave, ce train est « viable » par subventions. Et c’est bien là le problème : s’il n’y a pas de candidat pour aller plus loin que Hambourg, c’est parce que l’Allemagne ne fournit pas d’aide d’état aux trains de nuit comme en Suède et au Danemark. La Belgique ne s’est pas beaucoup exprimée non plus à ce sujet, du moins pas officiellement.

Le ministre danois des Transports Benny Engelbrecht l’a confirmé dans un communiqué. Il explique que « selon les règles allemandes, il n’est pas possible de subsidier les trajets en train de plus de 50 kilomètres. Je discuterai la prochaine fois avec mes collègues européens de la possibilité de lever cet obstacle [juridique]». Pour l’Allemagne en effet, le trafic longue distance – dont relèvent les trains de nuit -, sont qualifiés de « commerciaux », donc sans subsides aux yeux de la loi allemande.

Un service public européen ?

Beaucoup d’associations et de militants verts contestent cette vision et veulent que l’Europe contraigne ses États à déclarer toute une série de train de nuit en tant que service public. Le problème est que l’Europe n’a pas ce pouvoir de contrainte car un service public est toujours financé par les impôts nationaux, et demeure une compétence exclusive des États membres. Ce qui signifie que le volume de service public ferroviaire relève de chaque État. C’est ce que fait par exemple l’Italie qui subventionne une poignée de trains de nuit dans la Péninsule. À contrario – et là c’est une exigence de l’Europe -, chacun doit être libre de sortir de ses frontières et de rouler chez le voisin. À charge de chacun de voir comment payer ces trains : en propre ou par subventions.

La Suède a tenté une formule qui n’a pas fonctionné à l’échelle européenne, si ce n’est entre Stockholm et Hambourg. Comme ce train est principalement suédois, on peut penser que cela pourrait lui suffire. Rappelons tout de même que les Nightjets autrichiens furent une initiative des chemins de fer autrichiens eux-mêmes, pas du gouvernement. Une formule à méditer…

Auteur: Frédéric de Kemmeter