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L’export des automobiles allemandes vers la Chine ne prend plus le train

BMW et Audi ont suspendu les expéditions de voitures par chemin de fer d’Allemagne vers la Chine en raison de la guerre en Ukraine.

C’est ce que rapporte le quotidien économique japonais Nikkei. Un coup dur pour ce trafic d’export terrestre qui a pu naître grâce aux routes de la Soie initiées par la Chine.

Depuis 2011, BMW avait commencé à transporter des kits complets de montage (CKD) par chemin de fer depuis son usine de Leipzig pour les assembler dans son usine en coentreprise avec Brilliance Automotive à Shenyang. D’autres constructeurs avaient alors embrayés.

Au cours des dernières années, BMW et plusieurs autres constructeurs avaient commencé à transférer certains flux maritimes vers le rail pour réduire leur empreinte carbone mais surtout pour rechercher une vitesse et une fiabilité plus élevées de leurs exportations.

La crise du COVID avait amplement démontré la pertinence de ces flux transcontinentaux suite aux graves perturbations des opérations portuaires en de nombreux endroits d’Asie et du monde.

Des flux importants

En novembre 2020, BMW commençait à piloter des expéditions ferroviaires de voitures par conteneurs entre son usine de Dingolfing en Allemagne et Chengdu en Chine, en collaboration avec Changjiu Logistics.

Les wagons étaient expédiés de l’usine de Dingolfing au terminal ferroviaire frontalier de Małaszewicze en Pologne, où les véhicules étaient conteneurisés pour être transportés par rail à travers la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan sur le corridor nord de la nouvelle route de la soie. Chaque conteneur pouvait contenir deux véhicules, pour la plupart des modèles de la Série 3, de la Série 5 et de la Série 7.

Ces trajets par voie ferroviaire affichaient cependant un tarif supérieur d’environ 78 % par rapport au fret maritime. Mais le trajet en train est généralement plus court de plusieurs jours.

Entre Małaszewicze, à la frontière polonaise, et Chengdu en Chine, il fallait compter entre 13 à 15 jours jours selon le logisticien Changjiu Logistics. C’était bien moindre que le trajet maritime via le canal de Suez.

Même si les 846.000 véhicules que BMW livraient aux chinois en 2021 furent produites dans son usine commune de Shenyang, près de 150.000 à 200.000 avaient été importés d’Europe. À partir de septembre 2021, BMW a commencé à expédier ses voitures à destination des provinces de l’Ouest par train, à un rythme qui devait alors atteindre 16.000 par an.

La guerre en Ukraine anéantit dix années de développement ferroviaire

Les espoirs formés pour ce nouveau pont terrestre sino-européen avaient un peu vite fait oublier les caprices de la géopolitique. Les industriels et de nombreux politiciens avaient promu ces services de fret sur la route de la soie comme une avancée géopolitique majeure.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les sanctions économiques ont très rapidement suivis, anéantissant dix années de développement ferroviaire. Le groupe BMW avait dû arrêté ses exportations de véhicules vers la Russie et cessait l’assemblage de véhicules avec un partenaire à Kaliningrad.

D’autres constructeurs, comme Mercedes et Audi, subissaient le même sort. LMC Automotive Disruption Tracker estimait que l’industrie allemande avait perdu en avril près de 150.000 ventes.

Sur le grand export vers l’Asie, il devenait évident que la route de la soie patiemment construite par la Chine devenait une voie sans issue, du moins pour les flux nord.

« Nos transports ferroviaires sur la route de la soie et le chemin de fer transsibérien ont été temporairement basculés vers des itinéraires ou des modes de transport alternatifs pour assurer la planification et la sécurité de l’approvisionnement », a déclaré une porte-parole de BMW.

Auteur: Frédéric de Kemmeter