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Deux innovations wallonnes pour la maintenance du réseau d’Infrabel

Infrabel attribue deux marchés publics à des PME wallonnes pour des engins innovants, destinés à l’entretien et à la modernisation du réseau ferroviaire.

C’est un double marché public qu’Infrabel, gestionnaire de l’infrastructure et du trafic ferroviaire belge, a attribué hier jeudi. L’objectif était de trouver un partenaire susceptible de fournir, au meilleur prix, un matériel performant et innovant sous la forme de deux engins de voie destinés à l’entretien et à la modernisation du réseau. Le premier d’entre eux doit être à même de livrer, sur n’importe quel chantier, de grandes quantités de ballast, tandis que le second est dédié au transport et à la manutention aisée et sécurisée de rails courts.

Les deux appels d’offre avaient été lancés à l’échelle européenne, permettant à des grands acteurs du monde de l’industrie d’y répondre. Mais une offre a surclassé toutes les autres : celle d’un groupement de PME belges. L’une de Libramont (CML Industries) et la seconde de Jumet (Daxi S.A.). Ensemble, elles ont proposé pour chaque engin un concept original présentant de nombreux avantages, tant sur le plan de l’ergonomie de travail que de la sécurité. Le prix s’est aussi avéré très compétitif. C’est donc ces deux entreprises wallonnes qu’Infrabel a confié le développement et la fabrication de 10 « Wagons bacs déchargeurs » et de 8 « Unités de chargement de rail ». D’un montant global de 7,2 millions €, ce contrat se concrétise aujourd’hui par la livraison des premiers exemplaires dont l’assemblage a été réalisé sur un site proche de la gare de Libramont.

Infrabel

Le (dé)chargement de rails sûr, rapide et ergonomique

Chaque année, Infrabel renouvelle en moyenne quelque 600km de rails. Mais la grande majorité concerne en réalité des segments courts de 300m de longueur, fournis par l’atelier de Schaerbeek et livrés sur chantier grâce à un train adapté. En parallèle, lors d’une réparation urgente ou lorsqu’il faut intervenir dans des courbes de faible rayon, des trains moins longs appelés « Unité de Chargement de Rails » (UCR) sont mieux adaptés pour ce type de mission. Cela représente près de 100km de rails courts à transporter chaque année, d’où une utilisation intensive de ces trains.

Le concept tel qu’il qui a vu le jour à Libramont s’est avéré capable de transporter 27 rails (d’une longueur de 18 ou de 27m) soit davantage que ses concurrents. Composée de 2 éléments identiques, l’UCR est très ergonomique et sûr : les rails, par exemple, sont chargés sur les wagons et sécurisés grâce à un champ magnétique, ce qui constitue une innovation européenne pour ce genre d’utilisation. Leur manipulation, automatisée, se fait en gardant le personnel à distance. Avec ces nouveaux trains, 2 personnes sont nécessaires contre 6 pour la version encore actuellement en service.

D’ici 2022, Infrabel disposera de 8 « UCR » stationnées aux quatre coins du réseau. Chacun de ces engins, d’une valeur de 600.000€, révolutionnera une méthode de travail qui n’avait pas connu de réel changement depuis au moins une cinquantaine d’années.

Des charges plus importantes pour un engin plus maniable

Seconde nouveauté sur le rail belge, les « wagons bacs déchargeur » dont 10 exemplaires ont été commandés. Daxi & CML Industries ont mis au point un engin capable de déverser, grâce à une benne basculante, jusqu’à 450 tonnes de ballast réparties sur 2 groupes de 5 wagons. Ici encore, la phase de « recherche et développement » réalisée en Belgique a apporté une longue série d’améliorations en comparaison avec le matériel existant sur le marché. Ainsi la solution made in Belgium permet, entre autres, de réaliser le déchargement grâce à un seul homme. Un groupe électrogène rend l’engin totalement autonome alors que les wagons bacs actuels, d’une capacité plus limitée et loués au secteur privé, exigent d’être reliés à une locomotive tout au long des manœuvres. Dernier avantage : la réduction de nuisances comparativement à des wagons de ballast déchargés par grue…

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L’investissement, d’un montant de 2,4 millions, sera amorti en 10 ans pour du matériel dont la durée de vie est estimée à 40 ans. En renouvelant ce matériel, Infrabel pose donc aussi un choix économiquement opportun. Les 2 engins suscitent déjà l’intérêt d’entreprises et de gestionnaires de réseau étrangers.

Le savoir-faire de 2 PME wallonnes

Active depuis plus de 30 ans dans la construction mécanique « sur mesure », CML Industries conçoit et construit des équipements et des engins spéciaux, pour le secteur des travaux ferroviaires. L’entreprise dispose de son propre bureau d’ingénierie et de son atelier. Elle construit et assemble la quasi-totalité des composants à Libramont. Pour CML, ce double marché constitue le point de départ du passage d’un certain artisanat à une organisation plus proche de l’industrie, avec l’engagement de trois ingénieurs, de deux bacheliers et de deux techniciens supplémentaires. L’entreprise emploie désormais 25 personnes.

Basée à Charleroi (Jumet), Daxi a est une entreprise d’une trentaine d’années reprise en 2018 par deux jeunes entrepreneurs. Elle a fourni les wagons qui supportent les 2 engins présentés. Daxi est active dans la voie (conception et vente d’appareils de voie, de matériel et d’expertise), dans le matériel roulant (wagons, locotracteurs, agrès et outil de manutention pour les travaux ferroviaires) ainsi que dans l’ingénierie (conception et fabrication de matériel divers, toujours en lien avec le ferroviaire). Daxi emploie une dizaine de personnes.

Auteur: Frederic de Kemmeter