France : quelle perception des Français sur la concurrence ferroviaire ?

Rame Régiolis en Normandie (Photo: Mouliric, 2016, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rame_Régiolis_en_gare_de_Longueville-sur-Scie.JPG?uselang=fr )
Rame Régiolis en Normandie (Photo: Mouliric, 2016, CC BY-SA 4.0)

80 % des Français ont entendu parler de l’ouverture à la concurrence des trains de voyageurs en France, soit un gain de 7 points par rapport à 2022, indique une étude.

Un sondage exclusif réalisé par Opinion Way pour Trainline, première application européenne indépendante de vente de billets de train et de bus en Europe, met en lumière la perception des Français de l’ouverture à la concurrence dans le transport ferroviaire de passagers, tant national que régional, et permet de mesurer son évolution depuis la première vague d’enquête réalisée en août 2022.

Quelles perceptions les citoyens ont-ils vraiment de cette avancée ? Ont-ils pris conscience de la fin du monopole, savent-ils concrètement ce que cette concurrence entre les opérateurs ferroviaires leur apporte, quels avantages y voient-ils ? Et quels inconvénients aussi ? Connaissent-ils également les alternatives offertes en matière de distribution de billets ?

Cette étude a été menée du 8 juin au 14 juin 2023, sur un échantillon de 2.543 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus. Et que peut-on en retenir ?

Concurrence en libre service

Il faut d’abord rappeler que l’ouverture à la concurrence du rail, il y a maintenant près d’un an et demi, est devenue une réalité en France avec la mise en circulation des trains de l’opérateur public italien Trenitalia sur la ligne Paris-Lyon-Milan.

Il s’agit ici d’open access (libre service), c’est à dire que Trenitalia prend tous les risques à sa charge, sans aides de l’État français autre qu’une remise temporaire des péages.

De son côté, l’opérateur espagnol Renfe fera son arrivée sur les rails français dès le mois de juillet sur les lignes Madrid-Barcelone-Marseille et Barcelone-Lyon, et a déjà conçu une grille tarifaire qui inclus des billets intérieurs purement français, par exemple Montpellier-Lyon ou Marseille-Perpignan.

Ces timides percées n’en resteraient pas là. La Renfe vise Paris tandis que Trenitalia a déjà annoncé vouloir « descendre » sur Barcelone, pour se connecter avec sa filiale espagnole Iryo, permettant à l’avenir d’obtenir un Paris-Madrid 100% italien, avec changement de train à Barcelone.

D’autres acteurs pourraient se joindre à la fête dans les années qui arrivent, le dossier le plus avancé étant celui de Le Train (Angoulême).

Concurrence aussi sur les DSP

Comme on l’a plusieurs fois souligné dans ces colonnes, les Régions françaises ont désormais le choix de l’opérateur pour leur transport ferroviaire local et régional, les DSP (Délégation de service public). La concurrence joue ici sur des critères de qualité et fiabilité, et la SNCF semble avoir complètement changé sa manière de faire pour gagner des contrats.

Que pensent les français de tout cela ?

Bien qu’ayant connaissance de l’ouverture à la concurrence, à peine un Français sur deux est au courant qu’elle est aujourd’hui une réalité en France (53%). Et 33% estiment qu’elle le sera prochainement. Cela dit, les principaux enseignements de l’étude montrent que :

  • 80% des Français ont entendu parler de l’ouverture à la concurrence des trains de personnes en France (+7 points par rapport à août 2022) ;
  • 53% déclarent – à raison – que le transport de voyageurs en France est actuellement ouvert à la concurrence ;
  • 80% plébiscitent l’ouverture à la concurrence pour les lignes nationales et 77% en ce qui concerne les lignes régionales ;
  • 61% estiment que l’ouverture à la concurrence est plutôt synonyme d’avantages pour le pays (+17 points par rapport à août 2022) et 55% d’avantages pour leur région ;
  • 80% pensent que des tarifs plus attractifs seront proposés ;
  • 53% estiment que l’ouverture à la concurrence dans les régions va les inciter à prendre davantage le train ;
  • 38% redoutent la disparition du service public suite à l’ouverture à la concurrence dans les régions ;
  • 26% ont déjà réservé un billet sur une plateforme autre que SNCF Connect (Trainline, Trenitalita, Booking, Omio) ;
  • 13% des sondés pensent qu’ils passeraient par un agrégateur d’offres pour des trajets régionaux

Il faut par ailleurs noter que les jeunes âgés de 18 à 24 ans représentent la tranche d’âge qui a le plus augmenté ses connaissances en la matière : ils sont 74% à avoir entendu parler de l’ouverture à la concurrence, soit +15 points de plus qu’il y a un an.

Reste que si les Français devaient demain réserver un billet pour un voyage dans leur région sur une plateforme autre que SNCF Connect, ils privilégieraient en premier lieu le site de la compagnie ferroviaire nationale (38%), se rendraient en gare (26%) ou consulteraient le site internet de leur région (19%). Ils ne seraient que 13% à avoir recours à un agrégateur d’offres (le taux monte à 20 % chez les jeunes de 18 à 24 ans).

Un important travail de pédagogie reste donc à faire.

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Auteur: Frédéric de Kemmeter